Cette ancienne directrice générale du Grand Théâtre de Québec affirme que c'est Céline elle-même qui lui inspire les discours qu'elle écrit pour l'artiste. Céline et sa simplicité, Céline et sa sincérité. «C'est elle qui m'inspire. Elle et la vérité. Quand elle a dit au début : “Je serai brève et sincère”, c'est ça. Quand tu es sincère, tu ne peux pas te tromper. C'est comme pour les chansons qu'elle choisit.»
Selon Mme Dumont, ce discours revêtait une importance particulière pour Céline parce que la cérémonie avait quelque chose d'impressionnant. «Et c'était aussi impressionnant pour nous, qui nous souvenons de la petite fille de 13 ans. C'était tellement énorme. Il fallait que ça reflète ces émotions.» Mme Dumont affirme que ce genre de texte s'écrit donc à trois têtes : celle de la chanteuse, celle de René et celle de l'auteure. «Il faut toujours que Céline se reconnaisse dans ce qu'on lui écrit. Si tu chantes des chansons ou que tu dis des choses qui ne correspondent pas à ce que tu es, tu as tout faux, ça ne marche pas.»
Le discours
"Distingués invités, Parents et amis, Je suis heureuse de vous exprimer ma profonde reconnaissance pour le grand honneur que vous me faites, M. Brière, en me décernant ce titre honorifique. Et, à défaut d'être lettrée, je serai brève... et sincère... Par ce geste, vous me souhaitez la bienvenue dans la grande famille de l'Université Laval. Et ce cadeau de famille, je le reçois avec beaucoup d'émotion. C'est quelque chose qui me touche et qui fait suite à l'esprit qu'on m'a transmis. En m'offrant une place parmi vous, vous rejoignez les familles qui sont miennes : celles du sang et des amis, la famille professionnelle et la famille d'idées lorsqu'il nous est donné de croiser des gens qui ont les mêmes valeurs que nous, les mêmes combats, les mêmes espoirs.
Si vous me décernez cet honneur parce que j'ai bien fait les devoirs que la vie a mis sur mon chemin, alors je l'accepte avec plaisir, fierté même. Une chose a guidé ma vie, c'est le désir de me dépasser et d'aller plus loin, au maximum de mes capacités, au bout de mes idées, de mes espoirs et de mes rêves. Et je n'ai toujours pas fini de rêver...
La voix est un don de Dieu. Le reste, c'est une question de ce qu'on fait avec ce que le Ciel nous a donné. C'est un honneur bien grand pour la petite fille de Charlemagne que je suis parce que nous restons toujours l'enfant que nous portons en nous. C'est à elle que je le dois, ce doctorat, puisque c'est elle, déjà si jeune, qui a vu plus grand et plus loin, qui a eu envie d'embrasser la terre et dont les rêves ont dépassé ses 14 ans. C'est elle, cette enfant-là, que je remercie d'avoir fait confiance aux bonnes personnes, au bon moment.
Cet honneur, je veux le partager avec mes maîtres, ceux et celles qui m'ont façonnée et qui m'ont donné à penser, à réfléchir et qui, par leur exemple, m'ont appris à aller plus loin et à faire toujours un peu plus. À l'école de la vie, j'ai fait mes classes au milieu d'adultes plus grands que nature. Des gens simples, mais des êtres d'exception. Je parle ici de mes parents, maman, présente ce soir, papa qui nous a quittés il y a cinq ans et mes frères et s½urs qui sont aussi dans cette salle. Ma famille de sang.
Avec eux, j'ai appris le calcul — les frères et s½urs et les amis se comptent sur les doigts d'une main —; la géographie — il fallait que chacun soit à sa place —; l'histoire — la petite, celle de mes ancêtres —; la musique — nous chantions et dansions tous les jours —; le civisme, qui consistait chez nous à prendre soin de l'autre, et enfin l'amour, qui ne s'apprend pas en classe mais chez soi.
Et plus tard, ma famille professionnelle, plus grande encore : je pense à Eddy Marnay, mon père dans ce métier, celui qui m'a appris le français de France à travers les paroles des chansons qu'il m'écrivait dans cette langue de chez eux, si belle, si pure, et qui sonne à mes oreilles comme une musique. Et aux auteurs qui ont pris son relais, avec la même rigueur et le même amour de la langue : mon ami Luc Plamondon, Jean-Jacques Goldman, mon complice du tournant de ma vie, et quelques autres à qui je suis toujours fidèle.
Je pense aux hommes et aux femmes qui travaillent dans l'ombre et au quotidien pour que tout, toujours, ait l'air parfait. Ceux que personne ne voit jamais parce que toute la lumière est sur moi. Sans eux, sans elles, rien de tout ceci n'aurait été possible et ne le serait... À ceux et celles-là, qui se reconnaîtront, je dis merci, ici et maintenant.
Merci aux sportifs, aux athlètes olympiques qui m'ont toujours fait rêver et qui m'ont appris sans le savoir le goût de l'effort, la conquête de soi et de ses limites et, surtout, à donner toujours 100 % de moi-même.
Merci à la presse en général, aux radios et aux télés qui m'ont ouvert leurs portes souvent et leurs c½urs parfois. Merci au public, si fidèle et si présent depuis si longtemps. Comment penser conquérir le monde si les gens de chez vous ne vous aiment pas? Et ils sont toujours là pour moi, à chaque retrouvailles. Et c'est toujours un bonheur de retrouver les chemins de ma maison.
Merci, enfin et surtout, à René, mon mari, mon amour, mon gérant de toujours. Sans lui, rien de tout cela ne serait arrivé. Il est là, attentif, depuis le premier jour, et je lui suis reconnaissante de m'avoir donné la vie dont j'avais rêvé et d'avoir fait de moi une maman infiniment heureuse chaque fois que je serre notre fils René-Charles dans mes bras. Aujourd'hui, je lui remets, moi, un doctorat d'honneur pour tout ce talent et ce travail, je dis bien ce travail d'une vie.
Et pour finir sur les paroles d'une chanson, j'ai choisi celles de Jean-Loup Dabadis, écrites pour Jean Gabin : «Le jour où quelqu'un vous aime, il fait très beau j'peux pas mieux dire : il fait très beau! «C'est tout c'que j'sais! Mais ça, j'le sais!»

